
Jeudi 13 décembre 2007
Karla, pas touche !
À l’époque où nous avons tourné cet épisode de Dossiers Justice, nous avons tenté de faire venir le journaliste ontarien Stephen Williams, mais en vain. Pourquoi lui ? Parce qu’il avait publié un ouvrage très fouillé sur l’affaire Bernardo-Homolka. Ce livre a été un succès de librairie dans tout le Canada : les ventes totales frisent les 400 000 exemplaires.
En 2001, il s’est attelé à la rédaction d’une espèce de biographie de Karla Homolka qu’il a terminé l’année suivante. C’est là que l’histoire se corse…
Il envoie alors son manuscrit à son éditeur… qui le refuse, ça ne l’intéresse pas. Pas grave, se dit Williams, il y en a plein d’autres, des éditeurs… Erreur ! Douze d’entre eux ont refusé son manuscrit ! Et pourtant, l’auteur n’y allait pas de main morte avec son sujet !
Là, déclarera-t-il plus tard, il a compris que les Canadiens anglais sont restés traumatisés par l’image d’Homolka et ne veulent rien apprendre de plus sur elle.
C’est au Québec qu’il a finalement trouvé un éditeur, là où, dira-t-il, on a une attitude différente d’avec les criminels…
Karla, le pacte avec le diable est paru aux Éditions Trait d’union, en français donc. Mais une véritable tempête médiatique s’est aussitôt levée au Canada anglais. Il y a eu des articles dans la presse puis toutes les télés s’en sont mêlées. L’opinion canadienne s’est déchaînée contre son éditeur québécois.
Puis ç’a été au tour de Williams de passer dans le collimateur. La police et la justice ontariennes lui ont fait les pires difficultés. On a perquisitionné sa résidence et on l’a accusé d’avoir publié sur son site Internet du matériel frappé d’un interdit de publication. Il s’est ainsi trouvé devant les tribunaux.
Finalement, en mai 2004, un an et demi après sa parution, au Québec, le livre est enfin lancé en version originale, en format de poche chez un prestigieux éditeur. Mais l’auteur aura eu sa leçon : Karla, pas touche !
Qui est Karla Homolka ?
Aux yeux de Williams, qui a examiné l’affaire Bernardo-Homolka sous toutes ses coutures et a rencontré la principale intéressée, Karla Homolka demeure une femme dangereuse, complètement tordue. Peu importe si c’est sa rencontre fortuite avec un homme aussi tordu qu’elle qui l’a poussée à se rendre complice de crimes atroces. Ce qu’elle a fait, elle l’a fait.
En fusionnant, Homolka et Bernardo ont créé un monstre qui les a poussés à séquestrer, à violer, à torturer et ultimement, à tuer. Karla a été la moitié consentante de ce monstre et elle le restera à jamais.
Les actions de Karla ont toujours été plus révélatrices que ses paroles. Par-delà sa participation à une multitude de programmes, son bon comportement et son diplôme en psychologie, elle ne croit pas vraiment avoir été la victime d’un sadique sexuel.
Elle sera toujours une meurtrière qui a violé et torturé d’innocentes victimes, y compris sa propre sœur, avec un plaisir manifeste. Elle est une menteuse invétérée et une manipulatrice, une désaxée sexuelle qui n’allait pas savoir contrôler ses pulsions une fois sortie de prison.
À ce jour, les événements n’ont pas donné raison à Williams sur ce dernier point…
En contrepartie de cette opinion, se trouve celle du journaliste Yves Thériault qui a publié dans le magazine L’actualité un article poussé sur Karla Homolka. Nous l’avons interviewé pour cet épisode, mais nous n’avons pu, faute de temps, rendre la totalité de son propos.
Dans l’article en question, il rappelait que dans l’histoire du système correctionnel canadien, jamais une âme humaine n’a été autant sondée que la sienne. Son cas a été analysé par 19 spécialistes : huit psychiatres, huit psychologues et trois sexologues. Elle a subi toutes les évaluations possibles, s’est soumise à toutes les thérapies imaginables –on en a même inventé pour elle.
Dans le camp de ceux qui la croient dangereuse, on trouve une minorité de psys, les proches des victimes, les commissaires aux libérations conditionnelles qui se sont penchés sur son dossier et les médias ontariens en général. De même que Stephen Williams, bien sûr…
Dans le camp adverse : deux jurés au procès de Bernardo qui lui ont écrit pour lui témoigner leur compassion, une majorité de psys, sa famille immédiate, son avocate, Sylvie Bordelais, et d’autres avocats en droit carcéral et les employés de la société Elizabeth Fry.
Pour ces gens, elle a rebâti sa personnalité en suivant une multitude de thérapies et de traitements. Son intelligence est au-dessus de la moyenne, elle a de bonnes chances de s’en sortir, dans la mesure où elle évite de tomber entre les griffes d’un autre sadique…
Qui dit vrai ?
Jeudi 6 décembre 2007
La corruption, à Montréal… et autour
Cet épisode de Dossiers Justice prend fin avec la condamnation, en janvier 2005, des conseillers municipaux montréalais de l’arrondissement de Saint-Laurent, René Dussault et Irving Grundman, accusés de tentative de corruption.
La corruption municipale n’est pas un fait nouveau à Montréal ou dans ses banlieues, bien qu’elle soit en régression depuis le début des années 1970. Pour nous rappeler ce fait, nous avons fait appel à Jean-Claude Leclerc. Maintenant professeur à l’Université de Montréal, il a longtemps été journaliste puis éditorialiste au Devoir, un quotidien montréalais qui est souvent monté au front contre la corruption, notamment municipale, au cours de sa longue existence.
Nous n’avons pu, faute de temps, exploiter à fond la mémoire de M. Leclerc. Rappelons les faits marquants de la petite histoire de nos corruptions…
L’actuel arrondissement de Saint-Michel a été annexé à Montréal en 1968, après que son maire et les conseillers eurent été accusés de conspiration de fraude.
À Ville d’Anjou, une affaire de corruption sans précédent a fini par envoyer derrière les barreaux, au tournant des années 1970, son maire fondateur et son responsable de l’urbanisme.
Sur la Rive-Sud, à Jacques-Cartier, fusionnée à Longueuil en 1971, on a vu le maire au passé douteux être destitué à deux reprises par une loi d’exception de l’Assemblée nationale.
Sur la Rive-Nord, Pincourt, notamment, a fait l’objet d’une commission royale d’enquête et a été placée sous tutelle.
Bien d’autres banlieues ont été secouées par des scandales du genre. Citons Pointe-aux-Trembles, Outremont, Laval, Sainte-Genneviève ou Lachine…
Enfin, il faut rappeler que l’ex-maire de Montréal, Jean Drapeau, a été élu pour la première fois en 1954, grâce au résultat d’une vaste enquête publique sur la prostitution et le jeu, tolérés par la direction de la police et les autorités municipales.
Le nouveau maire avait ensuite entrepris de nettoyer l’administration de sa ville. Un peu plus de vingt ans plus tard, son bras droit du moment, Gérard Niding, allait être reconnu coupable de corruption dans le cadre des retombées du scandale entourant les Jeux olympiques de Montréal. Il avait accepté des pots-de-vin totalisant 150 000 dollars !
C’est à se demander : la corruption municipale est-elle un mal incurable ?
Ceux qui profitent, ceux qui acceptent et les autres qui ont peur…
Tout un chacun sait que la corruption au niveau des villes a toujours cours : bien des entrepreneurs pourraient confier qu’ils ont obtenu, moyennant quelques dollars, un contrat ou un permis. Ou un changement de zonage : c’est précisément ce dont il s’agissait dans le cas de Dussault et Grundman.
Yves Boisvert, notre animateur, nous a rappelé ce fait de même qu’il y a fort à parier que le scandale qui a éclaboussé les deux lascars ne dissuadera pas leurs pareils de mettre fin à leurs procédés. Qui voudrait ou oserait attacher le grelot parmi ceux qui profitent, ceux qui acceptent et les autres qui ont peur ? Entre le confort des profiteurs et le silence des victimes de la corruption municipale, s’étend l’indifférence des citoyens. C’est peut-être d’abord à celle-ci qu’il faudrait s’attaquer pour enrayer le fléau… Mais comment ?
Les conséquences de la corruption
Nous avons tenté en vain d’interviewer Jocelyn Nadeau, enquêteur du Service des crimes économiques de la SQ, qui a travaillé sur l’affaire Grundman-Dussault.
Nous aurions voulu l’entendre dire que ce qui est important, dans des affaires de corruption de ce genre, c’est d’agir vite et de prendre les suspects en flagrant délit. Sinon, il est très compliqué et très long de monter un dossier qui tienne en cour. Dans ce cas-ci, on disposait d’une preuve ultra solide, grâce aux micros et aux caméras dissimulés dans les bureaux des deux conseillers.
Nous aurions aussi aimé qu’il nous dise que les conséquences de la corruption ne sont pas toujours décelables mais qu’elle a un coût moral et des conséquences économiques.
En effet, elle démoralise les éléments productifs d’une société et elle impose une taxe au-delà des taxes apparentes. Elle devient même un frein au développement économique.
Elle entraîne invariablement une hausse du coût d’un contrat, quelle qu’en soit sa nature. Les corrupteurs, qui graissent la patte des fonctionnaires ou des élus, n’essuient aucune perte de bénéfice au bout du compte.
Ils intègrent plutôt le pot-de-vin dans le prix du contrat, si bien qu’au bout du compte, c’est la population qui en fait les frais par ses taxes et ses impôts.
L’autre effet néfaste de la corruption, c’est la perte de confiance qu’elle entraîne de la part du public envers les élus. Enfin, elle empêche la saine et libre concurrence, nécessaire dans le monde des affaires et bénéfique à la société.

Chroniqueur judiciaire depuis plus de 15 ans, Daniel Proulx est aussi scénariste d'émissions télévisées. Après avoir conçu la série Les Grands Procès, diffusés sur la chaîne TVA au début des années 1990, il a écrit depuis les séries documentaires Des Crimes et des Hommes, Procès Chocs et Dossiers Justice pour le compte de Canal D. Il est également l'auteur de livres tels Le Red Light de Montréal et Les Bas-fonds de Montréal.
